Intelligence Artificielle
et SF
Communication au Troisième Congrès
Européen des Sciences de l’Homme et Sociétés “ Aux Limites de l'Humain ”
Nouvelles Technologies : "l'homme terminal ?"
Michel Nachez
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La science-fiction a souvent
été perçue comme une littérature triviale. S’il en est ainsi pour une certaine part
de cette production littéraire, elle se veut également avant tout littérature
expérimentale, mêlant prospective, récits philosophiques, vulgarisation scientifique,
essais politiques, questionnements sociaux, jeux de l’esprit, tous en rapports
avec des développements possibles de notre culture technologique.
Le
thème des créatures artificielles est en germe bien avant l’émergence de ce
genre littéraire et on peut le faire remonter à l’antiquité. Ces créatures
dont les deux figures emblématiques les plus populaires sont le Golem et le
monstre de Frankenstein, ont été décrites comme blasphématoires, perverties,
et se situant hors de la création divine.
Ainsi,
le genre porte en lui le thème de la créature maudite, porteuse de
malheur et dont la pseudo vie contre nature doit être éliminée. C’est de ce
thème dont s’est nourrie la science-fiction depuis ses origines. La machine
et le robot sont représentés comme des esclaves de l’homme. En tous les cas,
ils sont voués à ne jamais devoir prétendre égaler l’humain dans son statut
ontologique. Ainsi que l’écrivait Jules Vernes : « Tout est borné
sur la Terre et l’infini ne peut sortir de la main des hommes. » (Cité
par Van Herp, 1996, p.361).
C’est à Asimov que l’on doit une pertinente réflexion
sur le thème des robots. Nous sommes dans les années 1950, les premiers
ordinateurs ont été conçus et promettent des lendemains fascinants. La science-fiction
entreprend de dépeindre les possibles évolutions de ces nouvelles branches
de la science qui deviendront l’informatique et la robotique.
Asimov
pose la question d’un monde où se mêlent robots supérieurs et hommes. Comment
gérer la cohabitation de robots qui pourraient administrer les affaires humaines
bien plus efficacement que n’importe quel gouvernement ? Asimov nous
dépeint un univers où de simples robots-outils évoluent
jusqu’à devenir des êtres d’une perfection inégalable. Dans son œuvre « Les
robots », il nous montre que ceux-ci finissent naturellement par gérer
le bien-être de l’humanité en laissant à l’homme l’illusion qu’il dirige son
destin. Car l’amour-propre de l’homme ne supporterait pas l’idée d’être complètement
dépendant des machines.
Conscient
des problèmes que peuvent poser des robots très performants, Asimov invente
les trois célèbres lois de la robotique :
Première loi
Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif,
laisser cet être humain exposé au danger.
Deuxième loi
Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres
humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la première loi.
Troisième loi
Un robot doit protéger son existence dans la mesure
où cette protection n'est pas en contradiction avec la première ou la deuxième
loi.
Ces
lois préfigurent déjà, dans l’esprit d’Asimov, le danger potentiel pour l’humanité
de cohabiter avec une espèce artificielle concurrente aux capacités supérieures
à tous points de vue.
Asimov
explore ainsi les multiples crises auxquelles pourrait être confrontée l’humanité
face à des robots intelligents. C’est avec habileté et sens psychologique
qu’il décrit les failles des trois lois et montre à quelles difficultés peut
être exposée une civilisation cohabitant avec des créatures artificielles
intelligentes et autonomes.
Par
la suite, la science-fiction s’inspirera d’Asimov et machines et robots intelligents
changeront de profil : « le robot, c’est l’homme, et plus encore,
le robot est meilleur que l’homme, c’est l’avenir de l’homme. » (Klein,
1974, p.22).
L’Intelligence Artificielle
restera cependant encore longtemps une fiction et les machines décrites
par les auteurs de science-fiction ne seront qu’imaginaires, projections d’un
futur hypothétique. Nous croisons ainsi les androïdes de Philip K. Dick dans
le film Blade Runner (tiré du roman Robot Blues, 1968) qui cherchent
à échapper à leur mort programmée. Étant trop perfectionnés et suprêmement
intelligents, et donc très dangereux, leur séjour sur Terre est prohibé sous
peine de destruction. Une autre de ses nouvelles (Second Variety,
1957 – dont a été tiré le film Planète hurlante) met en scène des armes-robots
intelligentes et autorépliquantes qui deviennent totalement autonomes et se
perfectionnent de génération en génération avec comme objectif de détruire
tout ce qui est humain.
Ces thèmes sont déclinés
tout au long des années 1970. Pendant ce temps, la technologie des semi-conducteurs
évolue et la micro-informatique fait son apparition. Dans les années 1980,
elle rejoint les foyers et c’est le début d’une nouvelle époque. À ce moment,
alors que les ordinateurs se répandent et que l’on expérimente les premiers
réseaux informatiques, un nouveau genre de littérature apparaît : le
cyberpunk. Il se caractérise en premier lieu par le thème de l’hybridation
techno-biologique (implants biomécaniques, membres
artificiels, chirurgie plastique, modifications génétiques) et deuxièmement
par le couplage cerveau-ordinateur (interfaces d’intelligence
artificielle, manipulations neurochimiques, technologies de projections dans
le cyberespace plus ou moins invasives) remodelant peu ou prou le psychisme
humain jusqu’à une dénaturation avancée.
Le point central des récits
cyberpunk est constitué par l’existence d’un réseau planétaire d’ordinateurs
constituant un univers en soi, où la vie artificielle naît, grandit et prospère
et dans lequel émerge une conscience artificielle. Le monde matériel est souvent
décrit comme post-industriel : de grandes zones de quartiers abandonnés
où survivent des groupes humains laissés pour compte, miséreux, dans une ambiance
polluée et malsaine. Dans cette jungle vivent des hors castes surdoués, maîtrisant
parfaitement les techniques de piratage informatique et s’appropriant illégalement
les technologies permettant d’accéder au cyberespace qui est pour eux une
sorte de drogue. Et, ultime frontière transgressée : le transfert de
la personnalité humaine dans une mémoire d’ordinateur est possible.
Le
genre cyberpunk se fait l’écho d’un questionnement : les machines en
réseau à base de puces informatiques pourraient développer une certaine forme
d’intelligence et de conscience et influer sur les sphères d’activités humaines,
poursuivre ses propres dessins à l’insu des hommes. C’est ainsi que se développent
des récits mêlant cyborgs, êtres intelligents artificiels et humains informatisés
sur fond de luttes hommes/machines, piratages informatiques et scénarios d’horreur
dont le plus abouti est illustré par le film Matrix où les humains
sont la source d’énergie d’une civilisation robotique qui a pris possession
de la Terre après avoir réduit l’humanité à l’état de pourvoyeur d’énergie.
Dans Neuromancien de William Gibson et Les synthérétiques de
Pat Cadigan les réseaux sont habités par une IA émergeante qui sème le trouble
dans la communauté des navigateurs du cyberespace. Les auteurs décrivent les
premières confrontations avec ces nouvelles formes de vies cybernétiques.
D’autres
récits comme La cité des permutants de Greg Egan relatent la problématique
de la copie informatique de la personnalité humaine et de son transfert sur
un support informatique. La question qui se pose alors est qui : est
l’original ? Quel est le statut de la copie ? Est-elle un être inférieur,
une copie de sauvegarde que l’on active seulement à la mort de l’original
pour donner l’illusion d’une survivance ? Ou bien cette copie développe-t-elle
une spécificité qui en fait un être à part et différent de l’original ?
Ce roman explore également la problématique de la dénaturation progressive
du psychisme humain transféré et évoluant dans les ordinateurs. Confronté
à une immortalité relative, l’humain peut enfin pleinement se consacrer à
ses passions ou se perdre dans ses réflexions sans limites de temps. Un ravissement
ou un enfer. Il reste toujours la possibilité d’effacer son fichier-personnalité
si l’on désire vraiment disparaître et donc mourir. Ce sera alors une décision
personnelle prise en toute liberté et non une fatalité imposée par les limites
du biologique, où la mort est inéluctable.
On trouvera également la description d’IA bienfaisantes qui agissent pour le bien de l’humanité tout en en ayant une opinion peu valorisante : « Projet Macno,
01 : l’homme produit de l’inutile ;02 : l’homme est dominé par ses émotions ;03 : l’home agit sans savoir ;04 : l’homme est trop lent ;05 : l’homme a une intelligence limitée ;06 : l’homme est irrationnel ;07 : l’homme est source d’erreur ;08 : l’homme a une mémoire défaillante ;09 : l’homme accroît l’entropie ;10 : l’homme gaspille de l’énergie. » (Ligny, 1999, p.22).
C’est
ici le thème de la grande sœur protectrice qui protège son petit frère arriéré.
Ces
mondes sont-ils crédibles ? Qu’en pensent les spécialistes de l’IA et de la robotique ?
Le
discours de ces scientifiques plongés dans ces nouvelles avancées de la technologie
informatique et de la biotechnologie est généralement enthousiaste et optimiste
quant aux futurs développements de leurs disciplines.
Cependant
entre le discours et la réalité, il y a un encore gouffre. Si leurs discours
ressemblent plus à des récits prospectifs dignes des romans de SF, ce qui
se passe dans les laboratoires est certes très prometteur bien qu’encore balbutiant,
et est en décalage avec le discours qui annonce l’imminente émergence d’une
nouvelle espèce de vie artificielle (pour certains, les machines sont déjà
habitées d’une sorte de conscience bien à elles : nous ne le remarquons
tout simplement pas).
À
l’analyse, tout semble affaire de définitions. Le terme intelligence
revêt un sens différent dans le discours des cybernéticiens et des neurobiologistes.
Pour les chercheurs en IA, est intelligente une machine qui fait illusion
et passe pour intelligente aux yeux des hommes. » (Ganascia, 1993, p.37).
On peut donc parler de l’intelligence des machines sans avoir à définir l’intelligence
des êtres vivants – ce qui est confortable. C’est la définition qu’en donne
Turing en 1950. Et cette vision de l’intelligence des machines reste prépondérante
aujourd’hui. Paradoxalement, cette question de l’intelligence des machines
a permis de relancer la recherche sur l’intelligence biologique, qui elle-même
est loin d’être résolue.
En
corollaire à ce concept d’intelligence on trouve celui de conscience.
Qu’est-ce que la conscience ? Comment émerge-t-elle d’un système d’organisation
complexe tel qu’un cerveau humain ?
« Pour
Minsky, elle [la conscience] n’est qu’un mécanisme cognitif, devenu pour l’homme
une superstition, l’équivalent d’un faux dieu » (Le Breton, 1999, p.193).
Pour pouvoir élaborer un psychisme artificiel fonctionnel, il convient de
comprendre ce que sont ces fonctions, comment elles s’élaborent, comment elles
se développent. Mais là aussi, chaque hypothèse ne fait que rendre plus manifeste
la complexité de la question.
On
ne peut comparer un cerveau biologique à un réseau de puces électroniques.
Actuellement, les ordinateurs, aussi puissants soient-ils, sont stupides.
Ces différences entre le biologique et le cybernétique mettent en lumière
l’impasse de la recherche en intelligence artificielle traditionnelle « qui
s'efforce de copier les processus mentaux conscients de l'être humain occupé
à une tâche particulière. Ses limitations tiennent à ce que les aspects les
plus puissants de la pensée sont inconscients, inaccessibles à l'introspection
et donc difficiles à transcrire formellement. » (Moravec, 1992, p.28)
De ces constats, la recherche a exploré d’autres voies :
l’on ne cherche plus à copier le cerveau humain et ses « logiciels »
– tâche trop complexe – mais bien plus à élaborer des algorithmes d’apprentissage
évolutionnistes propres aux machines.
Agnès Guillot (chercheuse à l’AnimatLab)
explique : « Notre méthode se situe à l’opposé :
partir de systèmes simples qui, intégrés dans un corps physique, se complexifient
en fonction des interactions avec l’extérieur. C’est ce qu’on appelle l’intelligence
artificielle située » (Agnès Guillot, 2001, p.43) On parle alors de robotique
évolutionniste et de vie artificielle. Ces nouveaux robots s’inspirant de
la vie animale sont appelés animats.
La
spécificité même de ces recherches incluant la possibilité de création d’une
machine tellement complexe qu’elle pourrait générer une forme d’intelligence,
de décoder le logiciel du vivant permettant ainsi la construction et la reprogrammation
du biologique, explique la fascination qu’ont les chercheurs de leurs disciplines.
Le sentiment du pouvoir de création absolu, d’être à la source de la compréhension
de la vie et de la création d’une vie nouvelle, attise les sentiments d’exaltation.
Mais il y a risque : celui de menacer l’existence de l’humanité ou tout
du moins de la voir perdre sa place de centre de la création. C’est tout
une vision du monde qui s’en trouve bouleversée.
En
conséquence, l’homme doit changer, doit s’adapter au nouvel ordre de hiérarchie
des intelligences et, pour garder sa place, doit se dénaturer pour se surnaturer.
C’est la thèse du transhumanisme qui prône le transfert de la conscience humaine
dans la machine, en tant qu’égal des supérieures IA.
Voici
les principaux protagonistes de ce mouvement :
MAX
MORE
(Ph. D en Philosophie, Politique et Économie, leader du mouvement transhumaniste)
Selon
Max More, le transhumanisme est en quelque sorte un prolongement de l’humanisme.
À cette différence que les humanistes ont peur de « jouer » aux
dieux, car créer un être immortel n’est pas naturel. La vie sans la mort n’a
pas de sens et transcender l’humain est source de catastrophes (thème bien
développé par la SF : mythe de Frankenstein, mythe de la science maudite).
Le
transhumanisme anticipe le futur et parle de posthumanité.
Les étapes du transhumanisme :
1.
utiliser la chimie pour
contrôler les performances (modifications déjà possibles).
2.
les machines deviendront
plus organiques, automodificatrices et intelligentes. Cette technologie sera
implantée dans l’homme. C’est l’étape de la cyborgisation.
« La « "machinisation" du biologique
et "biologisation" des machines » (de Rosnay, 2001, p.17).
Les biopuces : des éléments artificiels compatibles avec le vivant. Pour
de Rosnay, ce n’est pas de la SF. Avantages :
personnalisation des traitements médicaux, traitements de handicaps. Possibilités :
augmentation des capacités humaines : l’homme « augmenté »
(amélioration des sens, potentialisation de la force musculaire, autres applications
possibles…).
3.
finalement l’homme se transplantera
dans la machine et sera l’égal des Intelligences Artificielles. Le rêve des
alchimistes sera enfin réalisé : l’immortalité.
Max
More considère que le concept de Dieu est une notion primitive inventée par
des gens superstitieux. Le processus d’évolution remplacera ces idées religieuses
d’un autre âge qui font de l’homme le sommet de la création. L’homme doit
prendre en charge sa propre évolution vers le progrès transhumain. Ni dieux,
ni croyances : le futur est totalement posthumain.
Bill
Joy, patron de Sun Microsystems (2000) a découvert la SF pendant son adolescence,
en particulier Heinlein (Have Spacesuit)
et Asimov (I robot). Sa série télé préférée est Star Trek qui
l’a fortement impressionné. Dans cette série, l’homme incarne de hautes valeurs
morales lui interdisant d’interférer avec les civilisations extraterrestres.
Star Trek décrit un univers où les robots terriens sont au service
des humains, tout en en montrant les dangers, par exemple lors de la guerre
avec les Borgs, créatures mi-robots mi-hommes commandées par un cerveau
électronique central. Les Borgs, ne sont en fait que des sortes de
marionnettes téléguidées.
Pour
Joy, en 2030, grâce à l’électronique moléculaire, les ordinateurs seront un
milliard de fois plus puissants que ceux d’aujourd’hui. Le fait de participer
à l’émergence d’une nouvelle espèce le met mal à l’aise. Les rêves de la robotique,
selon lui, c’est de nous ramener à l’Eden, de nous apporter l’immortalité
par le transfert des consciences dans les machines. Mais l’homme perdra son
humanité dans le processus. Pour éviter des dérapages dangereux, il conseille
de limiter la recherche dans certains domaines à danger potentiel : robotique,
ingénierie génétique, nanotechnologie ; car les produits issus de ces
recherches seront autorépliquants et ils risquent
d’échapper à tout contrôle provoquant ainsi de graves nuisances (où l’on retrouve
un scénario du type Planète hurlante).
Minsky,
chercheur au MIT, (1994) pointe sur le désir immémorial de l’homme de trouver
santé et longévité. Le futur, grâce aux avancées de la science et plus particulièrement
de la cybernétique et de la nanotechnologie, doit permettre à l’humanité de
changer corps et cerveaux. Une fois délivrés des limitations de la biologie,
nous pourrons rallonger nos vies et nos capacités mentales. La technologie
est nécessaire pour atteindre ce but. Pour Minsky, en tant qu’espèce, les
limites de notre développement intellectuel sont atteintes. Pour lui comme
pour Moravec : ces machines intelligentes
sont nos enfants.
Pour Hans Moravec, le biologique est machine : « Les
organismes vivants sont visiblement des machines lorsqu'on les considère à
l'échelle moléculaire […] Certaines protéines sont dotées de parties mobiles,
semblable à des gonds, à des ressorts ou à des loquets. D'autres sont essentiellement
structurales, pareilles à des briques ou à des câbles. Les protéines des tissus
musculaires travaillent comme des pistons crantés. » (Moravec, 1992,
p.90) Il ne considère donc aucunement impossible une hybridation du biologique
et de l’électronique moléculaire.
Le transfert de la psyché humaine dans ces machines
du futur
est pour lui une nécessité évolutive. C’est une transition nécessaire pour
la survie des espèces du vivant. Il conçoit la possibilité suivante :« Un transmetteur de matière pourrait sonder un
objet et identifier l'un après l'autre ses atomes ou molécules, en les démontant
peut-être au fur et à mesure. L'identité de l'atome serait transmise à un
récepteur dans lequel un duplicata de l'original serait assemblé à partir
d'une provision d'atomes. Les difficultés techniques sont ahurissantes, mais
le principe est enfantin, comme des millions de passionnés de Star Trek
peuvent le certifier. » (Moravec, 1992, p.143). Et ce qui est valable
pour la matière, l’est aussi pour l’esprit. Et il continue : « Être
immortel de cette manière ne constitue qu’une protection temporaire contre
l’absurde perte de savoir et d’activité qui est le pire aspect de la mort
individuelle. » (Moravec, 1992, p.147-148).
Sa
vision va loin : « Imaginez à présent un immense simulateur […]
qui soit capable de modéliser la surface entière de la terre à l’échelle atomique
et qui puisse faire tourner son modèle aussi bien dans le sens des temps croissants
qu’à rebours, produisant différentes issues possibles en effectuant des choix
aléatoires à des stades clés de son calcul. Étant donné son immense précision,
le simulateur modélise les êtres vivants, y compris les humains, dans toute
leur complexité. […] ces êtres seraient tout aussi réels que vous et moi,
bien qu’emprisonnés dans le simulateur. […] Nous pourrions communiquer avec
eux par une interface de type lunettes […] qui nous relierait à une « marionnette »
à l’intérieur de la simulation […]. Nous pourrions tout aussi bien extraire
des gens de la simulation par le processus inverse – relier leur esprit à
un corps de robot extérieur, ou le charger directement dedans.[…]
Cela pourrait être drôle de réveiller tous les morts de la terre et de leur
donner l’occasion de partager avec nous l’immortalité des esprits transplantés. »
(Moravec, 1992, p. 150-151)
Greg
Egan, dans son roman La cité des permutants (1994), développe ce scénario.
Science-fiction et prospective scientifique se répondent de manière de plus
en plus serrée.
HUGO
de GARIS
se qualifie de « technoprophète » (1997) (chercheur au Starlab)
Hugo de Garis se définit
« comme le "quatrième chevalier de l’Apocalypse, le plus ténébreux,
celui de la guerre" aux côtés des trois autres figures emblématiques
de la recherche sur les robots que sont Ray Kurzweil, Kevin Warwick et Hans
Moravec. » (Garis, 2001).
De
Garis est certainement le plus passionné des chercheurs de l’IA. Il s’est donné comme objectif de créer le premier être
artificiel intelligent dont les « descendants » seront des sortes
de dieux comparés à nous. Devant une telle puissance, les hommes devront s’incliner
ou disparaître. L’homme en temps qu’initiateur de sa propre destruction, voilà
le scénario que nous propose de Garis. Dans
sa vision du futur, le hommes se scinderont en deux clans : les Cosmistes
et les Terrans.
Les
Cosmistes s’engagent pour la promotion de la robotique et l’émergence d’une
nouvelle espèce, les artilects (Artficial Intellects), semblables à
des dieux et supérieurs aux humains.
Les
Terrans opteront pour la protection de la race humaine et des anciennes valeurs,
prônant l’interdiction de la recherche vers des voies dangereuses pour la
pérennité de la vie humaine. (Asimov avait qualifié ce groupe de Fondamentalistes
anti-robots (Les robots)).
Finalement,
de Garis prévoit une guerre terrible entre Cosmistes et Terrans, générant
des millions de morts. Pour de Garis, fabriquer des artilects est une sorte
de religion scientifique. Ses machines pourront développer une conscience.
De Garis voit l’homme comme une machine biologique, forcément imparfaite et
primitive.
Le
seul recours des humains sera de se fondre avec les artilects pour participer
à cette nouvelle aventure que sera la conquête du cosmos. L’autre alternative,
la plus sombre, est tout simplement la destruction de l’humanité et l’expansion
sans limite des artilects dans le cosmos.
L’extropianisme
est une philosophie transhumaniste et son but est de permettre à l’humain
de transmigrer dans les machines, de se servir de celles-ci comme tremplin
pour partir en exploration dans la galaxie. Essaimer, dans une perspective
d’expansion, de conquête. On retrouve un nouvel esprit d’aventure, d’exploration
de nouvelles frontières, d’un challenge qui éclate les limitations humaines.
Pour les tenants de cette philosophie, l’humanité, dans son état actuel est
vouée à progresser ou à disparaître. Progresser signifie s’hybrider avec les
machines intelligentes.
Ces différentes croyances
et représentations développées par les chercheurs en IA et en robotique et
fondées d’une part sur les récits de science-fiction et sur la prospective
scientifique, s’articulent comme une mythologie. En voici schématiquement
la structure :
>>
Le mythe d’origine : aux commencements était l’homme imparfait,
« brouillon » d’humanité, étroitement limité dans le temps et l’espace
car mortel.
>>
Le paradigme : il n’y a plus de grand bond évolutif possible
pour l’humanité en chair, vouée ainsi à stagner – et toute stagnation porte
en elle le germe de la régression. L’homme peut toutefois créer l’être immortel,
la machine intelligente, l’IA, pour le servir et
lui servir à vaincre l’entropie, à évoluer, à se parfaire.
Le Je, essence essentielle
de l’homme, est « copiable » sur d’autres supports que le cerveau
et transférable à volonté sur un/des corps immortels et dans des réseaux d’informations.
>>
L’apocalypse : la fin de l’ancien monde est proche. L’humanité
d’aujourd’hui est terminale et seules quelques décades nous séparent de la
fin. Il est grand temps d’agir.
>>
L’eschatologie : l’homme fusionnant avec l’IA est « sauvé », il acquiert la quasi immortalité
par les supports qui le portent, ainsi que le pouvoir de développer indéfiniment
son Je dans le temps, ce qui lui assure la négentropie. Et même, l’univers
tout entier devient son champ de vie car, n’étant plus enfermé dans les fragilités
de la chair, il peut voyager dans tous les espaces – y compris intersidéraux
qui lui sont ouverts dès lors que le temps ne lui est plus chichement compté.
L’homme devient autre,
à l’égal d’un dieu – dans cinquante ou cent ans – grâce à la science et aux
technoprophètes…
Pour conclure
Nous
sommes dans une période de transition ouvrant vers une nouvelle ère non encore
définie. Celle-ci semble s’ouvrir vers le développement de technologies impliquant
l’utilisation de procédés révolutionnaires dont on peut aujourd’hui observer
les balbutiements.
Dans
un futur proche, il est fortement probable qu’une ou plusieurs de ces technologies
finisse par déboucher sur des applications dont on peut entrevoir les potentialités
dans les récits de science-fiction des 25 dernières années. Les chercheurs
spécialisés en robotique et en IA montrent une certaine propension à l’exagération
de leurs idées d’avant-garde, certainement fortement influencée par la SF,
notamment les récits cyberpunk. Il ne faut cependant pas oublier, et l’Histoire
nous en a donné maintes fois la preuve, que la réalité est généralement différente
de la prospective, mais que parfois, aussi, elle dépasse la fiction.
L’optimisme
affiché par les chercheurs présentés dans cet exposé est fortement influencé
par la loi de Gordon Moore qui prévoit un doublement de la puissance des processeurs
tous les ans. Si, jusqu’à ce jour, cette prévision s’est révélée correcte,
rien n’indique qu’elle le restera. Rien ne permet non plus d’affirmer que
les nouvelles technologies si prometteuses (nanotechnologie, informatique
moléculaire, hybridation biologique/électronique) puissent se révéler vraiment
fonctionnelles.
Le
transhumanisme est un nouvel habillage du Positivisme, du Progrès salvateur.
Il est en cela une sorte d’idéologie scientiste, de philosophie de type religieux,
dont les prophètes se veulent être des guides, des passeurs, pilotant l’humanité
vers une nouvelle vie, semant une parole rédemptrice, annonçant un nouvel
age d’or, un Eden véritable, ouvrant à un monde infini, hors-nature et hors-mort, une sorte
de Paradis, peuplé des aventuriers/croisés du Cyberespace et de nos enfants/partenaires
les artilects et autres animats qui, soit veilleront sur nous, soit nous emmèneront
avec eux dans une aventure que nul humain ne peut encore s’imaginer.
Soit nous détruiront parce
que trop imparfaits….
Bibliographie
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J’Ai Lu, Paris, 1967
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inhumaine, Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2001.
Van Herp Jacques, Panorama
de la science-fiction, Lefrancq, Bruxelles, 1996.
Évolution du thème des robots
et des machines dans la SF et développement des différentes thèmes :
les différents futurs de l’humain
Les machines disparaissent
et l’homme continue son chemin, avec moins de confort mais également moins
de risques de commettre l’irréparable :
·
Puces de Théodore Roszak
Machines et hommes
cohabitent :
–
en équilibre dans
un monde bien géré
·
Les robots d’Isaac Asimov
·
Le chant des IA au fond
des réseaux
(Macno) de Jean-Marc Ligny
–
Les machines se
rebellent
·
L’IA Hal dans 2001, l’Odyssée
de l’espace de A.C. Clarke
–
les machines réduisent
l’homme en esclavage
·
Matrix
·
Terminator
–
les hommes maîtrisent
l’évolution des machines
·
Star Trek
·
La guerre des étoiles
L’homme se sent
imparfait ou dépassé et se transfère dans la machine :
–
réaliser le vieux rêve de l’immortalité
·
La cité des permutants de Greg Egan
–
sauver l’humanité
de la disparition
–
accomplir ainsi
un saut évolutif
–
survivre sur la Terre dévastée par les guerres
et/ou la pollution
·
Terminator
L’homme disparaît
et le règne de la machine est total :
–
les machines gardent
un souvenir de l’homme
·
AI de Spielberg
–
les machines développent
leur propre civilisation
·
les Borgs dans
Star Trek
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les machines représentent
l’étape suivante de l’évolution des espèces
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Le Successeur de pierre de Jean-Michel Truong
Quelques définitions
Androïde : Robot a forme humaine. (Du grec : 'andro': humain, homme et 'ide'
: aspect, forme)
exemples : Terminator, Nexus 6
Cybernétique : Science du gouvernement. Science constitué
par l'ensemble des théories relatives aux communications et à la régulation
dans l'être vivant et la machine.
Cyborg : Le terme "Cyborg", apparu en 1960, a été crée à
partir des mots CYBernétique
et ORGanisme. Personnage se présentant
comme un robot à forme humaine, constitué à la fois de chair vivante et de
circuits intégrés. Un être humain dont le corps a été repris partiellement
ou entièrement par des dispositifs électromécaniques. Mutants qui insistent sur
le rapprochement entre le vivant et le non vivant dans une perspective « post-humaniste »
exemples : L'homme qui valait 3 Milliards,
Robocop...
Droïde : Automates doués d'intelligence conçus afin de remplir des
fonctions spécifiques. Ils sont généralement programmés pour exécuter des
tâches trop complexes, dangereuses ou routinières pour être confiés à des
êtres vivants. Leurs logiciels sont, en principe, spécialisés dans un ou deux
domaines précis, ce qui limite considérablement leurs aptitudes. Ils sont,
en outre, dépourvus, d'intuition et incapables de faire des associations d'idées,
comme la plupart des êtres organiques. En plus de leur intelligence élevée
et de leurs capacités d'apprentissages, ils sont souvent dotés d'une personnalité
autonome, destiné à rendre leur compagnie plus agréable.
exemple : C3PO dans STARWARS...
Exosquelette : Structure extérieur (exo=extérieur, endo=intérieur) dure. Comparable à la carapace d'un insecte
ou d'un crustacé qui fournit la protection ou l'appui pour un organisme. Une
sorte d'armure naturelle.
Robot : Terme provenant de la pièce R.U.R,
de l'auteur dramatique Karel Capek en 1921. D'après la racine slave "rab"
qui signifie " esclave " et de laquelle est issu le mot tchèque
et russe " robota " qui signifie " travail ". Dispositif
mécanique qui peut se déplacer automatiquement pour exécuter des tâches.
Robot positronique : Robots possédant un cerveau
fait d'une texture spongieuse en alliage de platine-iridium
et dont l'empreinte cérébrale est déterminée par la production et la destructions
des positrons.
Les robots d'Isaac Asimov sont des robots positroniques.
Robotique : Ensemble des études et des techniques permettant
l'élaboration d'automatismes capables de se substituer à l'homme dans certaines
fonctions.
C'est Isaac Asimov qui a utilisé le mot "robotique" pour la première
fois. Il en est l'inventeur.
Vie artificielle : La vie artificielle a été définit
par Langton en 1989 comme étant l’étude de systèmes construits par l’homme
qui présentent des comportements caractéristiques des systèmes vivants naturels.
Source :
http://megatech.chez.tiscali.fr/
Arthur C. Clarke ( écrivain
anglais de SF ) estime que d'ici 50 ans apparaîtront des I.A
qu'ils nomment des artilects, et qui seront si supérieures à nous qu'elles
pourraient bien nous considérer comme des animaux stupides voire nuisibles.
Source : http://megatech.chez.tiscali.fr/
1998
: Ghost in the Shell
Ce film pose des questions sur notre identité. L'héroïne qui est cybernétisé
est-elle toujours humaine ou n'est-elle qu'un machine avec une personnalité
artificielle ? En plus de cela, une intelligence artificielle se réclame forme
de vie et veut accéder à l'humanité pour devenir une vraie forme de vie mortelle
car seul la mortalité est capable d'engendrer l'idée de création.
Dans " Ghost in the Shell " l'héroïne doute de son identité :
" Des fois je me demande si je suis pas déjà morte, et si ce que j'appelle
"moi" n'est en fait qu'une personnalité artificielle faite d'un
corps mécanique et d'un cyber-cerveau."
Ce posthumanisme est fortement imprégné de l’idée d’une immortalité
postbiologique. La plupart des connaissances acquises durant la vie disparaissent
avec la mort physique et seule une petite part de la connaissance ainsi accumulée
est transmise à la descendance. Le transhumanisme défend l’idée de la conservation
de cette connaissance et des expériences vécues par le transfert du mental,
du « Je » dans un super-ordinateur. Les
auteurs du manifeste de l’immortalité cybernétique avancent l’idée que notre
société n’a plus de grand objectif. Le déclin des religions traditionnelles
implique la dégradation de la société moderne car, de leur point de vue, historiquement,
grandes civilisations et grandes religions vont de pair. L’immortalité cybernétique
(immortalité véritable) doit remplacer l’immortalité métaphysique (pure croyance)
que proposaient les religions traditionnelles dans un nouveau dessein de civilisation.
Les opposants anti-machines
Les Néo-Luddites :
le mouvement luddite = mouvement anti-machines. Pas encore très développé
mais a déjà ses fondements idéologiques (mouvements anti-sciences, new-age, certains anti-mondialistes…)
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